Tunisie, après l'assassinat de Chokri
Belaïd, quel avenir pour la politique ?

Publié par Xinhua le Jeudi 7 Février 2013 à 16h29 - Focus

En Tunisie, le secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifiés, Chokri Belaïd, a été tué par balles ce mercredi 6 février 2013. Cet crime a donné lieu à une vague de manifestations de grande envergure à travers le pays pour accuser les islamistes au pouvoir.

crédit: © L'Economiste Maghrébin
Tunisie, 5 février 2013.Chokri Belaïd, chef du parti des Patriotes démocrates de Tunisie lors d'une interview.
 

Une figure de l'opposition laïque tunisienne

 

Âgé de 48 ans à sa mort, Chokri Belaïd était issu du peuple et était resté proche de la classe ouvrière. Etudiant en droit, il affirmait déjà ses positions contre le courant islamiste. Avant la chute du régime, début 2011, cet avocat défenseur des droits de l'homme a souvent plaidé dans les procès politiques, et a connu la prison sous les régimes Bourguiba et Ben Ali.

A la tête du Mouvement des patriotes démocrates, parti d'extrême-gauche légalisé en mars 2011, Chokri Belaïd est devenu une personnalité politique très médiatisée. Il représentait notamment le Front populaire tunisien, coalition de groupuscules d'extrême gauche, qu'il avait constituée en octobre 2012.

Attaquer Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, ne faisait pas peur à cet avocat médiatisé, comme en témoigne son article publié mercredi matin, le jour de son assassinat, dans le quotidien tunisien "Le Temps" : "Nous sommes devant une aile d'Ennahda qui refuse les élections et tient à garder le pouvoir en recourant à la violence qui conduit à l'éclatement des structures de l'Etat pour leur substituer les milices."

D'après son entourage, Chokri Belaïd se sentait menacé depuis quelques temps. Il a engagé un garde du corps il y a "trois ou quatre mois", après avoir "reçu des menaces".

 

Une atmosphère de colère règne en Tunisie

 

Dans le sillage de son assassinat, dans une atmosphère de colère, des marches de protestations ont été observées dans plusieurs provinces tunisiennes. Les manifestants scandaient des slogans anti-gouvernementaux et des pancartes de soutien à la famille de la victime.

Au cœur de Tunis, la capitale, et plus particulièrement devant le ministère de l'Intérieur, dans l'avenue Bourguiba, des centaines de Tunisiens se sont rassemblés, appelant les autorités à accélérer les procédures pour arrêter immédiatement toute personne impliquée dans cette affaire qualifiée par certains manifestants d'assassinat politique, a constaté un correspondant de l'agence de presse Xinhua.

Les manifestants, dont le nombre ne cesse de s'augmenter, ont réclamé la démission du ministre tunisien de l'Intérieur à qui revient, selon eux, la responsabilité d'assurer la sécurité des citoyens et des politiciens du pays.

 

Un tournant dans la vie politique tunisienne?

 

Aussitôt pointé du doigt par la population, Ennahda s'est dédouané de la responsabilité de ce crime politique, en le condamnant.

Dans sa première réaction officielle, le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali, secrétaire général d'Ennahda, a déclaré que "l'assassinat de Chokri Belaïd représente un crime contre la Tunisie".

Selon le chef du gouvernement, cet assassinat est le fruit de la violence verbale qui s'est transformée en une "violence politique" et un "tournant dangereux" ciblant tout le pays. Il a confirmé que des renseignements préliminaires sur l'identité de l'agresseur de Chokri Belaïd sont disponibles en attendant les résultats de l'enquête.

Plus tard, il s'est adressé à la nation dans la soirée pour annoncer qu'il formera un "gouvernement de compétences nationales sans appartenance politique".

"J'ai décidé de former un gouvernement de compétences nationales sans appartenance politique, qui aura un mandat limité à la gestion des affaires du pays jusqu'à la tenue d'élections dans les plus brefs délais", a-t-il déclaré.

"Les membres de ce gouvernement ne pourront pas se présenter aux prochaines élections", a rassuré le Chef du gouvernement tunisien, en exhortant les députés de l'Assemblée constituante à accélérer la finalisation de la nouvelle Constitution et à fixer définitivement des dates pour les élections législatives et présidentielles.

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