Oscars, un clin d'oeil à l'histoire
américaine

Publié par AFP le Vendredi 11 Janvier 2013 à 9h26 - Focus

Près de la moitié des longs métrages en lice cette année pour l'Oscar du meilleur film reviennent sur des pages décisives de l'histoire des Etats-Unis.

crédit: © The Weinstein Company
Django Unchained
 

"Lincoln" de Steven Spielberg, sur le combat du président américain pour l'abolition de l'esclavage, pourrait aussi servir d'inspiration aux hommes politiques américains, pour son habileté à obtenir le soutien du Congrès au-delà des frontières partisanes.

L'esclavage et la guerre civile américaine sont également la toile de fond du dernier film de Quentin Tarantino, "Django Unchained", qui suit les aventures d'un esclave devenu chasseur de primes, essayant de libérer sa femme des griffes de Leonardo DiCaprio.

Se plonger dans l'histoire ne veut pas forcément dire lui être totalement fidèle: "Argo" de Ben Affleck, qui raconte l'exfiltration de diplomates américains pendant la révolution iranienne, a été critiqué pour ses petits arrangements avec l'histoire, et la CIA a tiré à boulets rouges sur la représentation de la torture dans "Zero Dark Thirty", qui reconstitue la traque d'Oussama Ben Laden.

 

Dans le film de Spielberg, Lincoln -- interprété par Daniel Day-Lewis -- est à deux doigts de la corruption caractérisée pour s'attirer les votes des Démocrates pour faire adopter l'abolition de l'esclavage.

Reproches envers Ben Affleck venus du Canada

Les non-Américains y apprendront deux ou trois autres choses: ce sont les Démocrates qui s'opposaient le plus à l'abolition de l'esclavage, et ce sont des machinations politiques qui ont permis de mettre fin à la guerre civile.

 

Pour "Django Unchained", Quentin Tarantino a dû s'expliquer sur l'emploi incessant du mot "nigger" (nègre) généralement banni des films américains. Le réalisateur a affirmé que son emploi est pertinent historiquement, ce qui n'a pas fait taire les critiques, qui ont visé aussi l'ultra-violence du film.

Les reproches envers Ben Affleck sont venus du Canada, dont l'ambassade à Théréan avait recueilli les Américains avant leur exfiltration par la CIA, et dont les diplomates sont dépeints dans le film comme de bienveillants témoins sans implication décisive.

L'ambassadeur canadien de l'époque, Ken Taylor, a mis les points sur les i dans une récente interview. "Le film est drôle, excitant, pertinent et opportun", dit-il. "Mais vous savez, le Canada n'était pas seulement spectateur des événements. La CIA était un partenaire secondaire".

 

Quant à Kathryn Bigelow, elle a provoqué l'ire de la CIA et de plusieurs parlementaires, qui estiment que "Zero Dark Thirty" laisse penser que la torture a été déterminante dans l'obtention des informations ayant permis de remonter jusqu'à Oussama Ben Laden.

Un groupe de défense des droits civiques, le Center for Constitutional Rights, a déploré jeudi la nomination de "Zero Dark Thirty" pour la course à l'Oscar du meilleur film. Le groupe se déclare "profondément déçu de voir Hollywood prêt à décerner sa plus prestigieuse récompense à un film qui glorifie l'une des périodes les plus sombres de l'histoire de notre nation".

"Ce devrait un moment de honte et d'engagement à ne jamais reproduire les horreurs dépeintes dans le film... Nous espérons que les membres de l'Académie (des Arts et Sciences du Cinéma, qui remet les Oscars) voteront en conscience et n'accorderont pas leurs suffrages à ce film", ajoute le groupe.

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