François Bozizé, le rebelle devenu président

Publié par AFP le Jeudi 27 Decembre 2012 à 15h00 - Focus

Arrivé au pouvoir par un coup de force en 2003, le chef de l'Etat centrafricain, François Bozizé, est à son tour menacé par une rébellion qui réclame son départ.

crédit: LUDOVIC-POOL - SIPA
François Bozizé, Président de la république de Centrafrique lors de la première journée du sommet des chefs d'Etats d'Afrique et de France le 31 MAI 2010
 

Qui est François Bozizé ?

 

Silencieux, François Bozizé, surnommé "Boz", n'est pas un grand orateur. Aux mots, le général préfère les actes, répétait-il lors des dernières élections de 2011, qui l'ont à nouveau porté au pouvoir avec 64 % des voix.

Fils d'un gendarme, né à Mouila au Gabon le 14 octobre 1946, François Bozizé, de l'ethnie Gbaya (majoritaire en Centrafrique) embrasse logiquement une carrière militaire et gravit rapidement les échelons.

La légende veut qu'il se soit fait remarquer par l'empereur Jean-Bedel Bokassa parce qu'il s'était battu avec un mercenaire français encadrant l'armée centrafricaine qui manquait de respect à Bokassa.

Aide de camp de l'empereur fantasque, il devient le plus jeune général de l'armée à 32 ans. A la chute de Bokassa en 1979, Bozizé perd un peu de pouvoir mais part à l'école de guerre en France. Il revient dans le jeu politique dès 1981 quand le général André Kolingba renverse David Dacko, qui a succédé à Bokassa.

Ministre de l'Information, il ne se satisfait pas de ce poste et tente deux ans plus tard de renverser Kolingba, de l'ethnie Yakoma, au profit dit-on, d'Ange Felix Patassé, ancien Premier ministre de Bokassa. Il fuit au Bénin d'où il est extradé en 1989. Emprisonné deux ans, il échappe de justesse en 1990 à une tentative d'assassinat dans sa cellule.

Bozizé se présente aux présidentielles de 1993 remportées par Patassé. Il ne recueille qu'un peu plus de 1% des voix. "Lors des seules élections libres dans ce pays, on a vu ce qu'il pesait vraiment. Monsieur 1% ou plutôt général 1%", ironise un opposant.

Réintégré dans l'armée, Bozizé soutient Patassé dont il devient en 1997 le chef d'état-major. En octobre 2001, il rate un coup d'état contre le président qu'il a vainement tenté de faire arrêter. Il quitte Bangui pour le Tchad, puis la France, avant de revenir dans le nord de la Centrafrique, lancer la rébellion des "Patriotes".

"J'ai décidé de rentrer pour aider mon pays. Je suis arrivé sans rien, sans garanties, pour voir ce que je pouvais faire. Je n'ai pas hésité", dit-il à propos de cet épisode.

"J'avais un objectif. Je l'ai atteint (en 2003). J'ai impulsé le changement. Le pays était au bord du gouffre. Nous l'avons sauvé. Nous avons réussi à le faire sortir de l'eau", raconte le rebelle sans jamais parler de coup d'état.

 

"Boz" le rassembleur menacé

 

Son arrivée au pouvoir a été facilitée par l'ami de toujours, le Tchad, dont l'armée lui a fourni sa garde rapprochée et l'a ensuite aidé à se débarrasser des rébellions du nord fin 2010.

Se présentant comme un "rassembleur", il affirmait en 2011 que le pays s'était pacifié sous sa présidence, et qu'il pouvait désormais "relancer le pays" grâce aux richesses du sous-sol encore inexploitées : uranium, or, pétrole, et bien sur les diamants de Bria (centre), la première ville prise par la rébellion.

La paix, "Boz" , le diminutif que lui donne la rue centrafricaine, a pourtant tenté de l'avoir avec le Dialogue politique inclusif en 2008, qui a permis de réunir à une table de négociations pouvoir, société civile, opposition et rébellion.

Il a également signé différents accords de paix avec les rébellions entre 2007 et 2011, prévoyant notamment la réinsertion des ex-rebelles.

En 2012, même la Convention des patriotes pour la justice et la paix, dernière grande rébellion active, a finalement déposé les armes.

Mais il n'a pas fallu quelques mois pour que des factions dissidentes, déçues de ces accords non respectés, que l'Etat n'avait pas les moyens de financer, forment la coalition du Séléka qui aujourd'hui menace le président.

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