Rio, les JO de 2016 menacés par les odeurs
nauséabondes

Publié par AFP le Jeudi 27 Decembre 2012 à 10h23 - Focus

Une lagune se meurt à proximité des futures installations des jeux Olympiques de Rio-2016. La lagune de Marapendi au Brésil n'a plus son charme d'antant, à cause des immondices et des eaux usées en provenance des résidences de riches propriétaires.

crédit: Ricardo Moraes-AP-SIPA
Une lagune au coeur de Rio de Janeiro - 18 septembre 2009
 

Ceux qui vivent et travaillent près de cette lagune de Marapendi, à quelques pas de la mer, se remémorent l'époque dorée de cet écosystème situé à Barra da Tijuca.

C'est dans ce quartier qui s'étend au sud-ouest de la ville que seront construits le Parc et le Village Olympiques pour les JO de 2016.

"Jusqu'en 1985, je pêchais dans cette lagune. Il y avait beaucoup de poissons et de crevettes. On n'avait pas besoin de partir en mer. Mais il a fallu y aller quand ils ont commencé à construire ces ensembles résidentiels", raconte à l'AFP Sergio Borel, qui pêche depuis 40 ans dans la région.

Début décembre, quatre tonnes de poissons sont morts dans la lagune en raison de la pollution et de la température ambiante de 40°C en cet été austral, explique le biologiste Mario Moscatelli lors d'une visite de la région au lever du jour.

Un frein au développement de l'écotourisme

"Je vis de la lagune. Quand elle manque d'oxygène les poissons meurent et remontent à la surface. Je ne peux pas développer de projets car personne ne veut se promener dans des eaux sales qui sentent le poisson pourri", déplore Ricardo Herdy propriétaire de l'entreprise EcoBalsas qui assure le transport par bateau des habitants de la région.

 

Ricardo confie qu'il a pensé se défaire de son entreprise qui comprend également des projets durables comme des cours de sports aquatiques et des promenades éducatives et écologiques.

Outre l'odeur qui prend à la gorge, à certains endroits l'eau de la lagune n'a plus que quelques centimètres de profondeur, contre 12 mètres auparavant.

"La lagune de Marapendi a été transformée en latrines il y a une quarantaine d'années", dénonce M. Moscatelli.

Les origines de cette pollution

"Les eaux usées déversées dans la lagune viennent des résidences des riches qui ne les traitent pas correctement", souligne le biologiste.

Jusqu'en 2007, rien n'existait pour traiter les eaux résiduelles. Aujourd'hui, le réseau de la Compagnie des eaux ne touche que 60% des domiciles de la région et même si le raccordement à ce réseau est obligatoire, beaucoup refusent de la faire en dépit des amendes.

 

"Certains résistent parce que cela demande des travaux coûteux", admet Marlene Ramos, présidente de l'Institut de l'Environnement de Rio de Janeiro.

La sédimentation des déchets porte préjudice à la navigation et le manque d'oxygène tue les poissons. La pollution menace aussi d'autres espèces comme les hérons et les canards mais aussi les cabiais et les caïmans.

La solution au problème

La dépollution de la lagune a été une des promesses du gouvernement de Rio pour que la ville devienne le siège des JO de 2016.

Le gouvernement s'est engagé à retirer les sédiments pollués du fond de la lagune de Marapendi et de quelques autres, plus petites, de la région. Ces déchets pourraient remplir l'équivalent de sept stades Maracana, selon les spécialistes. Les travaux, prévus pour commencer en février et durer deux ans, sont évalués à 300 millions de dollars.

La mairie s'est engagée quant à elle à construire quatre stations de traitement d'eaux usées dans des rivières de la région, pour un coût de 68 millions de dollars.

"Sans aucun doute il y a une solution pour dépolluer la lagune; il suffit de le vouloir", affirme M. Moscatelli.

"J'espère que je repêcherai un jour des crevettes ici", ajoute plein d'espoir le pêcheur Sergio Borel.

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